31 décembre 2006
LU - Vous n'écrivez plus, de Laurence Cossé
Ces onze nouvelles s'attachent toutes aux écrivains sans livres, gloires passées, exclus de l'édition, soit que leurs livres aient été refusés par les éditeurs, soit qu'ils soient en panne d'inspiration. Écrivains malgré tout, ils sont intimement lies au monde des livres, et ne peuvent en être dissocies, mais pour exister, l'édition est le passage oblige.
Pour donner le ton, la première nouvelle concerne l'obscure standardiste d'une maison d'édition qui, grâce à son imprenable poste d'observation, a pu croquer le petit monde littéraire dans un manuscrit qu'elle n'avait jamais osé proposer à son employeur. À sa mort, les feuillets sont trouvés par sa fille. La jeune femme apporte le texte à un éditeur, qui l'accepte. Le livre paraît et obtient un grand prix littéraire...
Magnifique série de portraits d'écrivains, pour ceux qui écrivent et ceux qui lisent!
30 décembre 2006
LU - Haute saison - quinzaine uniquement, de Nathalie Ours
Des histoires enlevées... qui se lisent bien...
Une location de vacances, quelque part en Provence.
Les locataires se succèdent.
Il y a ceux qui font du tourisme à haute dose, ceux qui se reposent, ceux qui viennent en stage, ceux qui travaillent au Festival...
l y a des bébés, des ados, des retraités... Il y a des couples illégitimes...
Il y a une piscine, un poney ; il y a du soleil et du vent. Des cigales à tire-larigot ! Et une ombre au tableau.
Un réel plaisir que ce livre découvert l'été dernier, que l'on peut décrire comme un roman ou une suite de quinze nouvelles reliées entre elles par le lieu ou elles se passent, et la présence de plus en plus forte et menaçante d'un homme manifestement dérange tournant autour de la maison. Quinze contrats de location, et donc quinze portraits successifs de gens en vacances, ou se cachant le temps de quelques jours: vacanciers suédois, couple adultérin et pervers, familles modèles ou éclatées, adolescents, grands-parents délaissés...
Haute saison - quinzaine uniquement est le livre que l'on souhaiterait laisser a ses locataires, dans une belle maison en Provence. En espérant que le jeune homme blond ne viendra pas semer le trouble...
09 décembre 2006
LU - Son frère, de Philippe Besson
L'histoire
"Un jour Thomas apprend qu'il est gravement malade et qu'il va probablement mourir. La nouvelle touche en plein coeur ce jeune homme si vivant, si amoureux. Comment supporter une telle épreuve? Lucas, son frère, va l'accompagner durant ces quelques mois. Ils iront se réfugier dans la maison d'enfance, la maison blanche de l'île de Ré. Non pas pour attendre la mort mais pour vivre intensément chacune des heures qui leur sont données."
Après La Messe anniversaire et A présent , je me rends compte que cela fait trois livres sur le thème de la mort que je lis depuis un mois. Pas bon en période de nativité...
Le premier se passait un an après, le second dans les jours suivant le décès, celui-ci les six mois précédents.
Le livre est constitue autour de deux journaux écrits par le frère survivant, qui vont finir par se rejoindre sur la fin du livre. On y trouve la maladie, l'acharnement des médecins, la douleur, la famille maladroite, la perte progressive de l'autre, l'amour extraordinaire entre ces deux quasiment jumeaux, l'homosexualité de l'un, l'amour de l'autre, un vieil homme dont on comprendra sur la fin l'importance, et comme lieux, l'hôpital et l'île de Re, ou Thomas a décidé de mourir, accompagne de son frère.
Un livre dur, car rien n'est omis de cette descente progressive et douloureuse. La mort rode autour de Thomas. Elle est là. On peut la palper. Mais aussi un livre magnifique qui ne vous laissera pas indiffèrent(e).
Peut-être après Noël... Mais certainement a lire.
08 décembre 2006
LU - Annam, de Christophe Bataille
Il est plutôt rare que les livres d'histoire, y compris les romans, soient de petite taille. J'ai ressorti de ma bibliothèque celui-ci, écrit il y a une quinzaine d'années par un jeune auteur de 20 ans qui s'ennuyait sur les bancs de sa grande école...
Nous voila plonges dans les dernières années du règne de Louis XVI, puis les vingt ans qui suivent. Loins des perruques, échafauds et champs de bataille, mais sur deux bateaux qui vont amener quelques missionnaires vers l'Extreme Orient.
Oubliés par les leurs en France, relativement bien accueillis par les paysans avant d'être pourchassés par les autorités impériales, aigries par le manque soutien de la France dans leurs luttes contre les insoumis locaux.
Les missionnaires vont peu a peu se dévêtir de tout ce qui les rattachait a leur ancien monde. Bientôt, il n'en restera plus que deux: le frère Dominique et la Soeur Catherine. Nous les accompagnons dans ce depouillement progressif, et dans la construction de leur nouvel univers, en Annam.
J'ai pris beaucoup de plaisir a retouver ce petit roman, quinze ans apres...
04 décembre 2006
LU - Mathilde, de Véronique Olmi
Et pourquoi pas une pièce de théâtre? Depuis la fin de la troisième, j'ai du en lire moins que les cinq doigts de la main, alors il est peut être temps de combler l'immense lacune.
Mathilde sort de prison, ou elle vient de passer trois mois, suite a des relations sexuelles avec un mineur de quatorze ans, dont elle semble ne rien regretter, impudique, toute a son plaisir, a la recherche du désir, et a la volonté de sortir d'une vie fade, ou elle ne vivait plus rien avec son mari. Son premier réflexe est pourtant de retourner chez elle. Elle a froid.
Son mari Pierre, cancérologue, a tout perdu dans l'affaire: sa femme, sa fierté, ses clients, son passe. Totalement déboussolé, il n'est pas allé voir sa femme une seule fois en prison. Mathilde lui en fait reproche. Le dialogue est alors fait de confrontations, de l'expression des regrets de la vie passée, des disputes du couple qui semble se prolonger avec le retour de Mathilde. Il ne semble y avoir d'autre issue qu'une séparation définitive, symbolisée par le carton contenant les vieilles affaires de Mathilde sélectionnées par son mari. Et pourtant, celui-ci va s'accrocher, en s'appuyant sur le métier d'ecrivain de sa femme...
Pas désagréable de revenir au théâtre dans ces conditions. La tension est permanente, comme dans tous les livres de Véronique Olmi. J'aurais bien aimé voir la pièce. Sans doute plus que lire le livre...
Olmi or not olmi, that is the question
03 décembre 2006
LU - Eau sauvage, de Valérie Mréjen
Eau sauvage prend la forme d'une dialogue à sens unique entre un père et sa fille.
Le premier semble relativement seul, voyage, se plaint de ne pas voir ses enfants assez souvent mais semble omniprésent, ne cessant de les interroger sur leurs occupations, leurs tenues, leurs amis, leurs loisirs. Il est tour a tour protecteur, quémandeur, exigeant, admiratif, généreux, touchant, critique.
Ça n’a pas l’air d’aller ? Tu peux te confier, j’aimerais t’être utile bien que je sois maladroit.
De temps en temps, tu pourrais dire « je vais préparer une salade ». Spontanément, tu ferais à manger. Quelque chose de facile, des pâtes ou une omelette, ce dont tu as envie.
Tu cuisinerais un petit plat, ce que tu veux, ça m’est égal, mais que ça vienne de toi.
Je veux de l’affection. Que vous me demandiez si j’ai passé une bonne journée. Que vous soyez serviables, agréables, accueillants.
En face de ce flot de paroles et d'interrogations du père, rien n'apparaît dans le livre de sa fille a laquelle il s'adresse. Mais c'est justement ce vide et ce silence qui permet d'imaginer la fille, dont le portrait se dessine peu a peu en creux.
Silence protecteur vis a vis de l'étouffement qui pourrait être consécutif aux multiples assauts du père, qui voudrait faire les questions et les réponses
Ces deux-là communiqueront-ils jamais?
Un très beau petit livre, de tout petit format, avec une superbe couverture, et un superbe titre qui pourrait faire penser plus d'une au parfum de son père ... Bravo sur toute la ligne!
02 décembre 2006
LU - A présent, de Brigitte Giraud
Loin de tout exhibitionnisme, A présent est le recit bouleversant de l'experience reelle du deuil, suite a la disparition soudaine du conjoint de l'auteur dans un accident de moto.
"Claude ne m'a pas attendue. Pas d'au revoir. Il ne m'a attendue et je n'en reviens pas. Mort pendant mon absence, alors que j'ai le dos tourné."
Tout est alors décrit jusque dans les petits détails, tres gravement et simplement: les minutes où elle débarque à l'hôpital, apprendre la mort de son conjoint, discuter avec la police, rencontrer la famille, expliquer la mort du pere à son fils, téléphoner aux amis, prendre les dispositions pour l'enterrement avec les employés des pompes funèbres , faire le choix de l'eglise et de la musique: Haydn, Bach ou la musique qu'aimait Claude, loin du classique funebre.
Mélés à cette suite d'activites mecaniques se retrouvent des evocations des instants de la vie à deux, qui n'existeront plus mais ne font que faire apparaitre plus fortement encore le bonheur de la vie d'avant, faite de petits riens: une musique, des vetements, des projets arretes en plein vol. Un destin brisé.
"Je découvre aujourd'hui que j'étais heureuse. Ca me donne le vertige".
Jusqu'au jour des funérailles.
"Nous partons sans lui. Nous rentrons chez-moi pour demeurer ensemble. Il y a désormais un chez-lui et un chez-moi. Chacun chez-soi."
C'est un boule dans la gorge que l'on accompagne l'auteur sonnée dans ce trajet douloureux de quelques jours, a laquelle rien ne la préparait. Une histoire d'amour et de mort.
"Claude est mort. Je l'aimais."







